Série philosophie · Édition spéciale

Un Blueprint pour le corps, une sauvegarde du soi : le « Don’t Die » de Bryan Johnson poussé jusqu’à sa conclusion logique

Dernière mise à jour: 2026-09-23 · 4 min de lecture

Rares sont ceux qui prennent le désir de se survivre aussi littéralement que Bryan Johnson. Il en a fait un protocole quotidien – et un mouvement. Une édition spéciale de notre série philosophie se demande ce qui découle de cette idée quand on la pense jusqu’au bout.

Qui est Bryan Johnson ?

Johnson a fondé la société de paiement Braintree, puis Kernel, une entreprise de neurotechnologie qui développe des appareils mesurant et enregistrant l’activité cérébrale. Depuis 2021, il suit « Blueprint », un protocole minutieusement planifié qui combine alimentation, sommeil, exercice, mesures et thérapies médicales, sous la supervision d’une grande équipe de médecins et de spécialistes. Selon ses propres dires, il est la personne la plus mesurée de l’histoire. Le documentaire Netflix « Don’t Die: The Man Who Wants to Live Forever » (2025) l’a fait connaître dans le monde entier.

Ce que veut « Don’t Die »

« Don’t Die » est le nom de sa philosophie. Dans une mise à jour de janvier 2026, Johnson décrit son objectif comme le droit juridique et biologique de chaque personne à exister aussi longtemps qu’elle le souhaite. Son raisonnement tient en cinq mots : « existence is the highest virtue » (l’existence est la plus haute vertu).

Nul besoin d’adhérer à ses méthodes pour prendre sa logique au sérieux. Si le vieillissement est un processus mesurable, il est peut-être possible d’agir sur lui. Et si l’existence est ce que nous avons de plus précieux, il est logique de la protéger avec autant de soin qu’une entreprise protège ses infrastructures critiques.

Les objections

Ses détracteurs objectent que certaines de ses thérapies manquent de preuves scientifiques, et que la vente de ses propres produits ne le rend pas plus indépendant. D’autres font valoir, plus fondamentalement, que « ne pas mourir » et « vivre » ne sont pas la même chose. Ces deux objections méritent d’être entendues. Pour notre question, une troisième réflexion est toutefois plus intéressante.

Plaidoyer pour la redondance

Quiconque construit des systèmes connaît la règle : rien de critique sans sauvegarde. Une sauvegarde n’est pas un vote de défiance envers le disque dur. C’est du bon travail d’ingénierie.

Le protocole de Johnson protège le matériel. Mais qu’en est-il du contenu – les souvenirs, les convictions, les raisons derrière les décisions ? Fait notable : avec Kernel, Johnson a lui-même travaillé sur une technologie censée rendre mesurable l’intérieur du cerveau. La question de savoir comment saisir ce qui se passe à l’intérieur d’une personne ne lui est pas étrangère.

Même dans le meilleur des cas, si l’allongement radical de la vie réussit, un problème demeure : le soi change. Les souvenirs s’estompent et sont recomposés chaque fois que nous nous les remémorons. La personne que tu seras à 90 ans ne se souviendra plus exactement pourquoi tu as décidé comme tu l’as fait à 40 ans. Une très longue vie demande plus de traces écrites, pas moins.

Et pour tous ceux qui ne gagnent pas la course contre la biologie, c’est encore plus vrai.

La conclusion logique : un protocole pour l’esprit

Si l’existence est la plus haute vertu, alors ce n’est pas seulement le corps qui mérite un protocole, mais aussi ce qui l’habite. Johnson mesure ses biomarqueurs chaque jour. L’équivalent pour la vie intérieure, ce seraient des questions quotidiennes : Qu’est-ce que je crois ? Qu’ai-je appris ? Qu’est-ce qui doit rester ?

Au fil des années se constitue ainsi une série de données du soi. Lisible par ton moi futur et, si tu le souhaites, par les personnes qui comptent pour toi. « Don’t Die » pour le corps et une sauvegarde du soi ne s’opposent pas. Ce sont les deux moitiés d’une même idée.

Trois questions pour aller plus loin

  1. Laquelle de tes convictions actuelles aimerais-tu pouvoir relire telle quelle dans 30 ans ?
  2. Si tu ne pouvais sauvegarder qu’une seule chose de toi, laquelle serait-ce ?
  3. Qui devrait avoir accès à ta sauvegarde, et à partir de quand ?

Sources